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L’inattaquable traçabilité du Rosé des Riceys

En 1942-43, pendant la seconde guerre mondiale, une Commission locale de délimitation, présidée par le maire des Riceys, formule le premier vœu en faveur d’une appellation spécifique « Rosé des Riceys ». Une liste de 48 contrées du terroir communal est dressée afin de « rechercher la qualité de ce vin qui a fait la gloire de notre Cité depuis un temps immémorial ».  Au lendemain de la Libération, l’INAO examine le dossier avec attention et prend en considération cette « appellation de notoriété très ancienne », autant que sa perspective économique : « Cette région est assez éloignée du centre du commerce champenois. Les viticulteurs ont intérêt à vinifier en rosé dans les années de mévente en Champagne. »

Le décret fondateur du 8 décembre 1947 affirme le caractère exclusivement communal de l’appellation, pour ces « vins colorés, excellents, et d’un type spécial que l’on ne retrouve nulle part ailleurs en France ». L’aire parcellaire délimitée pour le Rosé des Riceys, emboîtée dans l’aire d’appellation Champagne, est approuvée en février 1949 et inchangée depuis. Le rendement maximum admis pour le Rosé est de 30 hl/ha, contre 50 pour les parcelles déclarées en AOC Champagne.

Le décret du 2 février 1971 définit le pinot noir fin comme cépage exclusif du Rosé, à l’instar du Champagne. Il instaure le dépôt obligatoire d’une « déclaration d’intention de production » des parcelles destinées au Rosé au moins 15 jours avant la vendange, afin de pouvoir y contrôler le degré suffisant de maturité des raisins, garantissant le minimum requis de 10° de teneur alcoolique pour les moûts (contre 8° seulement pour le Champagne). La production de Rosé des Riceys résulte donc explicitement d’une option alternative à la production de Champagne, laissée chaque année à la liberté de l’exploitant, quand il estime les conditions réunies. Il y a des années sans Rosé, où le froid et la pluie ont fait désespérer de pouvoir atteindre le 10° degré naturel (1957, 1972, 1974, 1984, 2007). Le rendement et la taille pour le Rosé sont alignés sur ceux du Champagne, et en conséquence… le prix, indexé sur « le raisin le plus cher du monde » ! Une Commission mixte de Dégustation est mise en place, dont l’agrément est nécessaire à la commercialisation de l’appellation.

Les exigences de la production, conjuguées à la concurrence immédiate alternative du Champagne, ont de fait restreint l’offre à une quinzaine d’élaborateurs réguliers opérant tout au plus sur 35 à 50 ha (60 000 bouteilles en moyenne). Production et consommation restent élitistes sinon confidentielles, titre distinctif de virtuosité et de fidélité à la tradition pour l’exploitant manipulant, brevet d’initié pour le fin connaisseur.